Au cœur de Gand, se dresse une silhouette massive que l’on croirait tout droit sortie d’un livre d’histoire médiévale, le Château des Comtes de Gand. Tours fortifiées, remparts imposants, donjon austère – cette forteresse semble observer la ville depuis des siècles, inchangée. Et pour cause. Il s’agit du seul château fort médiéval de Flandre dont le système de défense est resté presque intact. Mais si son apparence impressionne, c’est surtout son passé, aussi sombre qu’inattendu, qui intrigue. Résidence comtale, tribunal, lieu de torture, usine industrielle puis symbole culturel – peu de monuments peuvent se targuer d’avoir vécu autant de vies.
Le Château des Comtes de Gand – une forteresse de pouvoir, de justice… et de peur

Édifiée en 1180 par le comte Philippe d’Alsace, cette forteresse n’avait rien d’un simple lieu de résidence. Elle était avant tout un outil de domination politique, destiné à affirmer l’autorité des comtes de Flandre sur la ville de Gand. Le complexe comprenait un corps de garde, des remparts défensifs, un donjon central, des écuries et des appartements résidentiels.
Mais le château fut aussi un haut lieu de justice médiévale. Aujourd’hui encore, certaines salles donnent froid dans le dos. Dans l’ancien garde-manger, transformé en cabinet du bourreau, est exposée une collection unique d’instruments de torture : chaînes, carcans, pinces et autres objets glaçants rappellent une époque où la justice rimait souvent avec cruauté. La salle d’audience, quant à elle, dévoile une impressionnante collection d’objets judiciaires, témoins du rôle central du château dans l’administration de la loi.
De l’abandon industriel à l’icône culturelle de Gand

À la fin du XVIIIᵉ siècle, le destin du château bascule. Vendu à des particuliers, il est transformé en complexe industriel. En 1807, une fabrique de coton y est installée et une cinquantaine de familles s’entassent dans ses dépendances. Lorsque l’activité cesse, le site est laissé à l’abandon, tombant dans un état d’insalubrité alarmant.
Il faudra attendre l’Exposition universelle de Gand en 1913 pour que le monument soit sauvé. Restauré, revalorisé, il retrouve alors un nouveau sens et devient l’un des symboles culturels majeurs de la ville. Aujourd’hui, il accueille des événements, notamment lors des Fêtes de Gand, et continue de surprendre.
Dernier clin d’œil contemporain : lors de l’année Van Eyck (2020–2021), l’artiste espagnol Taquen a réalisé une peinture murale inspirée de L’Homme au turban rouge, considéré comme un autoportrait de Jan van Eyck. Une œuvre secrète, visible uniquement depuis une tour bien précise… comme un ultime jeu de piste entre art, histoire et mystère.
Un lieu à explorer lentement, en gardant les yeux grands ouverts !