À Bruxelles, certains lieux racontent la ville mieux que n’importe quel musée. C’est le cas de la Cité Hellemans, discrètement nichée entre la rue Haute et la rue Blaes, dans les Marolles. Derrière ses allées calmes et ses façades de briques colorées se cache pourtant une véritable révolution urbaine. Inaugurée en 1915, cette cité sociale fut l’une des premières à proposer des logements collectifs modernes au cœur même de la capitale. Plus d’un siècle plus tard, elle reste un symbole fort du Bruxelles populaire.
Des impasses de misère à la cité modèle
Au tournant du XXe siècle, l’îlot coincé entre ces deux rues marolliennes est un véritable enfer de brique. Plus de deux mille personnes s’y entassent dans une centaine de masures délabrées, partagent des latrines communes, vivent sans eau courante. En 1903, la Ville mandate l’architecte-urbaniste Émile Hellemans pour dresser un état des lieux – et le rapport est accablant. Sa conclusion : tout raser, et bâtir autre chose. Mieux. Pour les mêmes habitants.
Hellemans, l’architecte qui croyait aux pauvres

C’est là que réside le coup de génie. Plutôt que de chasser les plus démunis vers la périphérie, comme le faisaient les grands travaux urbains de l’époque, Hellemans conçoit une cité pensée pour eux. Sept barres de logements parallèles, séparées par de larges allées piétonnes baignées de lumière, reliées par des passages en arcades. Chaque appartement dispose d’eau courante, de toilettes privées et d’une cave. Un luxe inouï pour ces familles. Les ruelles intérieures portent les noms des anciens métiers des Marolles : Ramoneurs, Chaisiers, Tonneliers… Une façon de tisser la mémoire du quartier dans la pierre même.
Un bijou à (re)découvrir

Inaugurée en 1915, la Cité Hellemans a vieilli, été rénovée, puis vieilli encore. Depuis, restaurée par la Région bruxelloise, elle a retrouvé son éclat d’origine : briques rouge et jaune, ferronneries délicates, détails sculptés façon Art nouveau. Elle continue d’abriter des logements sociaux, fidèle à sa vocation première. Une visite s’impose, ne serait-ce que pour flâner dans ses ruelles aux noms d’autrefois et lever les yeux sur ces façades qui racontent, mieux que n’importe quel musée. Une pépite discrète qui rappelle que Bruxelles cache parfois ses plus belles histoires derrière les façades les plus modestes.
📍Adresse : Sa principale adresse d’accès est située rue Blaes 174-198, 1000 Bruxelles.