Niché à Woluwe-Saint-Pierre, le Manoir d’Anjou est un domaine d’exception au destin fascinant. Édifié à la fin du XIXe siècle, cet élégant édifice néo-classique est devenu le refuge en exil des prétendants au trône de France. Derrière son impressionnante façade coiffée d’un dôme, la demeure conserve le souvenir glorieux de son passé royal, sublimé par un parc à l’anglaise, riche en espèces botaniques rares. Aujourd’hui reconverti en havre de paix associatif et social, le domaine allie mémoire aristocratique et projets environnementaux. Laissez-vous conter la fabuleuse histoire de ce joyau bruxellois.
Du Château de Putdael au Manoir d’Anjou : l’histoire d’un palais en exil
Au début du XIXe siècle, le site qui accueille le Manoir d’Anjou n’est qu’une parcelle boisée issue de la forêt de Soignes. C’est en 1885 que la propriété prend son essor sous l’impulsion d’Alfred-Casimir Madoux. Il y fait bâtir le Château de Putdael, une grande demeure de campagne de style néo-classique s’élevant sur trois étages et coiffée d’un majestueux dôme central. Entourée de dépendances et de statues d’agrément, la bâtisse s’impose rapidement comme une résidence de haut standing au sud-est de la capitale.

Le destin du domaine bascule en 1913 lorsque la veuve de Madoux loue puis vend la propriété de 12 hectares à Philippe VIII, duc d’Orléans et prétendant au trône de France. Frappé par la loi d’exil qui lui interdit de résider sur le sol français, le prince trouve à Woluwe-Saint-Pierre un havre de paix proche de son parent, le roi Albert Ier. Il rebaptise le site « Manoir d’Anjou » et métamorphose la demeure en un véritable palais princier, ornant les intérieurs d’armoiries royales et de fleurs de lys.
Vestiges princiers et parc à l’anglaise : les trésors préservés du domaine
Après les sombres heures de la Seconde Guerre mondiale, le domaine est racheté en 1948 par les religieuses du Bon Pasteur, scellant la fin du chapitre princier. Malgré cette métamorphose, le Manoir d’Anjou conserve de précieux témoignages de son passé royal. Dans le réfectoire se dresse une imposante cheminée gravée de la célèbre devise « Montjoie-Saint-Denis » et ornée des armoiries de la Maison de France, tandis que fleurs de lys et détails héraldiques subsistent au cœur de la bâtisse.
À l’extérieur, le parc de 5 hectares offre un splendide aménagement à l’anglaise. Une grande pelouse dégage la vue vers un étang agrémenté d’une grotte en rocaille et d’une île reliée par un pont rustique. Aujourd’hui classé Natura 2000, le site abrite des essences botaniques rares comme un ginkgo biloba, un cryptomeria du Japon et un tulipier de Virginie. L’ancien refuge royal s’est désormais réinventé en un havre social et écologique, accueillant la Ferme d’Anjou et le centre Artos dédié aux personnes en situation de handicap.