Car sous les pavés polis du centre-ville, la capitale cache une histoire rugueuse et profondément humaine. Et pour la raconter, il est des images qui parlent plus fort que les mots. Celle de matelas étalés dans la rue de la Samaritaine, en plein cœur des Marolles, en est une. Pas un décor de camping improvisé. Non : une barricade vivante, un symbole de résistance, d’attachement à un quartier, d’opposition à l’arbitraire urbain. Bruxelles n’a jamais été lisse. Il était temps qu’on vous raconte pourquoi avec « L’Opération Matelas. »
Flash-back. Nous sommes le 25 juillet 1989. Dans ce coin populaire aux airs de village, des habitants décident de dormir dans la rue. Non pas par plaisir, ni par choix, mais pour empêcher leur expulsion et protester contre une politique de logement qui les ignore.
La Samaritaine comme champ de bataille
Dans les années 1980, le quartier n’est plus seulement le lieu du marché aux puces et des cafés typiques. Il est aussi confronté à des menaces structurelles : démolitions, projets urbains imposés d’en haut et une lente gentrification (autrefois surnommée “sablonification” qui pousse les prix vers le haut, délogeant les plus modestes.
En juillet 1989, la Ville de Bruxelles annonce l’expulsion de 78 personnes sans leur fournir de solution de relogement adéquat, sous prétexte d’insalubrité et de risques d’incendie. La nouvelle tombe comme un couperet : certains n’ont qu’une petite chambre, le relogement dans le quartier n’est même pas garanti pour tous. Les habitants réagissent : ils ne veulent pas être chassés, ni dispersés. C’est l’origine de “L’Opération Matelas”.

L’Opération Matelas : des matelas en guise de barricades
Pendant des jours, la rue de la Samaritaine se couvre de matelas, de fauteuils, de couvertures.Ce n’est plus seulement une protestation, c’est une occupation. Les gens dorment dehors, discutent avec les passants, s’organisent collectivement, non pas en cercle fermé, mais comme dans une agora moderne où tout le monde peut venir, écouter, comprendre ou participer. Ni plus ni moins, les manifestants rebattent les cartes et redéfinissent les contours.
Cette occupation symbolise la volonté de rester dans son quartier plutôt que de se voir imposer un relogement ailleurs, une solidarité de voisinage dans un contexte difficile et un message clair aux autorités : “ce n’est pas une partie de Monopoly, Bruxelles n’est pas à vendre, et les habitants ne sont pas des pions.”
Les assemblées s’en mêlent
Très vite, des assemblées de quartier s’organisent, des messages circulent, des associations entrent dans la danse, du Comité de la Samaritaine à Inter-Environnement Bruxelles, en passant par le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat. On débat, on négocie, on interpelle les politiques.
Le 31 juillet 1989, l’annulation des expulsions prévues pour le 2 août est annoncée. Une victoire ? Oui, mais pas totale. La bataille continue autour du relogement des familles, de logements décents dans le quartier, et de la reconnaissance du droit au logement comme un droit fondamental.

Les Marolles aujourd’hui : mémoire et défis
Ce que révèle cette page encore trop méconnue de l’histoire, c’est que les Marolles ont toujours été un quartier de luttes contre les grands projets qui oublient les habitants, contre le déni de leurs droits, contre l’effacement social. Cette histoire de matelas-barricades est devenue une légende locale, un symbole de résistance dans ce quartier où authenticité populaire rime avec combat urbain.
Aujourd’hui encore, entre rénovations, projets urbains et hausse des loyers, le débat autour du caractère populaire des Marolles reste vif. La mémoire de ces combats alimente les discussions sur la gentrification, la spéculation immobilière et la nécessité de préserver cet espace vivant et singulier dans la capitale.
Ce n’est pas une simple anecdote : c’est une leçon de Bruxelles, une ville qui se transforme trop vite et où la voix des habitants continue de s’éléver. Les matelas dans la rue ne sont plus seulement des objets : ils sont devenus une barricade contre l’oubli, contre l’exclusion et contre une ville qui s’embellit au prix de ceux qui l’habitent depuis toujours.
Apprenez-en plus sur « L’Opération Matelas » avec la visite Brussels, 1000 ans de révolte
Une histoire qu’on ne raconte pas toujours dans les musées, mais qu’une visite guidée aussi passionnante qu’engagée vous propose de découvrir, pas à pas. Son nom ? “Brussels, 1000 Years of Struggles”, un parcours urbain qui vous fait traverser mille ans de combats sociaux, au cœur d’un quartier emblématique.
Pendant près de 2 heures, cette visite essentielle et à hauteur d’habitants (et non de touristes) retrace des épisodes oubliés de luttes sociales, des anecdotes croustillantes sur la ville et ses habitants, des lieux que vous avez peut-être traversés sans jamais connaître leur vrai passé. Chaque rue devient un témoin, chaque façade raconte une bataille. Et soudain, Bruxelles cesse d’être une carte postale pour redevenir rebelle et politique.
Ici, pas de discours académique figé. La visite est vivante, accessible et incarnée, racontée comme une histoire collective, celle de la ville et de ceux qui l’ont façonnée à coups de grèves et de manifestations, motivés par une quête d’égalité. Si vous voulez comprendre pourquoi Bruxelles a toujours été une ville de résistance, si vous aimez les balades ludiques, “Brussels, 1000 Years of Struggles” est LA visite à ajouter à votre agenda culturel.
Informations pratiques
📍Lieu : Point de départ Place de la Chapelle, devant l’église, cœur battant des Marolles
📅 Date : tous les samedis
🎟️Prix : participation libre (3 € en ligne + contribution sur place)