Véritable machine à remonter le temps en plein Bruxelles, la Brasserie Cantillon incarne l’âme vivante de l’art brassicole traditionnel. Fondée en 1900 par la famille Van Roy-Cantillon, cette institution mythique perpétue le savoir-faire ancestral de la fermentation spontanée, qui a donné naissance à la Gueuze et la Kriek. De ses cuves en cuivre d’époque à ses fûts centenaires, le site abrite le Musée Bruxellois de la Gueuze, sauvé dans les années 1970 pour préserver un patrimoine unique. Entre secrets de fabrication du XIXe siècle, dégustations d’exception et immersion culinaire au cœur des saveurs locales, découvrez ce joyau fascinant de la capitale.
Du XIXe siècle au Musée de la Gueuze : voyage au temps des maîtres-brasseurs
Inspirée par la méthode d’assemblage du Champagne attribuée à Dom Pérignon, l’apparition de la bouteille en verre au XIXe siècle révolutionne le monde brassicole bruxellois avec la naissance de la Gueuze, savant mélange de plusieurs Lambics à fermentation spontanée. Fondée en 1900 par Paul Cantillon, la maison familiale s’agrandit jusqu’à installer ses propres installations de brassage en 1938. Alors que la capitale consomme essentiellement le Lambic et le Faro, Cantillon perpétue le savoir-faire des bières de tradition et des cuvées aux fruits.

Face à la désaffection du public pour ces bières acidulées dans les années 1970, le maître-brasseur Jean-Pierre Van Roy fonde en 1978 l’ASBL Musée Bruxellois de la Gueuze pour sauver ce patrimoine menacé. Transformée en véritable musée vivant où le temps semble s’être arrêté en 1900, la brasserie conserve ses cuves en cuivre, ses greniers à grains et ses fûts centenaires. D’octobre à fin mars, les passionnés comme les curieux peuvent y suivre le travail des maîtres-brasseurs avant de savourer une authentique Gueuze-Lambic.
Une immersion gourmande au cœur de la maison Cantillon
Au-delà de son impressionnante machinerie historique, la visite du 56 rue Gheude trouve son apogée lors de la halte au salon de dégustation. Autrefois, pour enrichir la carte des estaminets bruxellois et adoucir l’acidité du Lambic, les brasseurs locaux y macéraient des fruits de la région. C’est ainsi qu’est née la célèbre Kriek aux griottes, suivie dès le début du XXe siècle par la Framboise-Lambic, mentionnée dans les inventaires de Paul Cantillon dès 1909. Disparue pendant les guerres, cette cuvée a repris vie en 1973 grâce au don impromptu de 150 kg de framboises fraîches par un ami de la brasserie.

L’expérience de dégustation réveille également d’étonnants rituels folkloriques aujourd’hui disparus des bistros modernes. Autrefois, le client recevait avec sa Kriek deux morceaux de sucre et un « stoemper », un petit pilon en fer servant à écraser le sucre pour équilibrer l’acidité à sa convenance. Aujourd’hui servies dans leur plus pure authenticité artisanale, la Gueuze, la Kriek ou la Rose de Gambrinus se savourent sous le regard passionné du Maître-Brasseur. Une étape gustative incontournable qui conclut avec gourmandise ce voyage hors du temps au cœur du patrimoine bruxellois.