Au cœur du quartier Léopold, l’Hôtel Lowenstein s’impose comme l’un des plus somptueux témoignages de l’architecture du début du XXe siècle. Érigée vers 1920 pour Alfred Lowenstein, cette demeure de maître dévoile une esthétique inspirée de la Ville Lumière. Entre jeux d’optique fascinants, salons d’apparat aux boiseries raffinées et anciennes écuries, le site mêle prestige historique et virtuosité décorative. Aujourd’hui intégré au complexe du Conseil d’État, cet écrin d’exception a su métamorphoser ses espaces de réception en lieux d’audience et de travail. Plongez dans l’histoire, la mémoire et les trésors d’un joyau patrimonial bruxellois désormais au service de la justice.
De la Ville Lumière à Bruxelles : l’épopée de l’Hôtel Lowenstein
Construit entre 1919 et 1920, l’Hôtel Lowenstein s’inscrit dans le prestigieux quartier Léopold à Bruxelles, véritable fief de l’aristocratie au XIXe siècle progressivement métamorphosé en pôle institutionnel. Son commanditaire, Alfred Lowenstein, figurait alors parmi les hommes les plus riches du monde. Ce puissant financier belge souhaitait édifier une demeure de maître à la hauteur de son immense fortune, de son goût pour les réceptions fastueuses et de sa passion pour les chevaux.

Pour concrétiser cette ambition, le milliardaire fait appel à l’architecte parisien Sigwalt, qui conçoit un bâtiment d’inspiration française ancré dans le style Beaux-Arts alors très en vogue à Paris. Rappelant l’élégance d’établissements emblématiques comme l’Hôtel Lutetia, la demeure arbore une façade richement sculptée d’une grande noblesse. Ce joyau architectural s’impose d’emblée comme un pont stylistique entre la Ville Lumière et la capitale belge, témoignant de l’âge d’or résidentiel du quartier avant la disparition mystérieuse de son propriétaire en 1928.
Décors somptueux, écuries inédites et coulisses du Conseil d’État
Dès le vestibule, le souci de symétrie et les jeux de perspective frappent l’esprit : des miroirs prolongent les volumes et imitent de vastes fenêtres intérieures, tandis qu’un majestueux escalier sous coupole baigne le hall de lumière. Les salons de réception déploient une richesse décorative impressionnante, entre une salle à manger ornée de panneaux peints de fleurs, un salon de musique au parquet à la Versailles et un boudoir aux chinoiseries peintes. Au fond de la cour, d’anciennes écuries disposées en hémicycle rappellent la passion équestre de Lowenstein, évoquant l’agencement de prestigieuses demeures parisiennes.

Depuis 1995, cet écrin d’exception est intégré au complexe du Conseil d’État, dont le siège historique se situe au Palais du Marquis d’Assche voisin. Les anciens salons d’apparat ont ainsi trouvé une nouvelle vocation en accueillant les audiences publiques de la section du contentieux administratif. Entre boiseries sculptées, cheminées de marbre et reliefs dédiés aux arts, les magistrats, avocats et citoyens siègent aujourd’hui dans ce cadre préservé. L’Hôtel Lowenstein réussit ainsi le pari de concilier la mémoire d’une grande demeure aristocratique avec les exigences de la justice contemporaine.