Le 20 septembre 1976, les Bruxellois s’engouffraient pour la première fois dans un vrai métro. Cinquante ans plus tard, on l’emprunte machinalement, écouteurs vissés, sans se douter que ces tunnels ont mis presque un siècle à voir le jour. Un livre sorti cet été, signé par deux anciens ingénieurs de la STIB, remet les archives sur la table — et franchement, ça valait le coup d’attendre !
Une idée de roi restée 84 ans dans les cartons
C’est Léopold II qui, dès 1892, imagine faire passer les trains sous Bruxelles. L’idée est belle, mais elle prend la poussière. En 1926, on ressort les plans d’un « chemin de fer urbain » , mais elle reste aussi sans suite. En 1957, un premier tronçon souterrain apparaît avec le tunnel de la Constitution. Il faut attendre 1962 et le ministre des Communications Alfred Bertrand pour que le projet décolle enfin, puis 1969 pour que le roi Baudouin inaugure le prémétro. Le vrai métro, lui, n’arrive qu’en 1976 : onze kilomètres, seize stations, entre De Brouckère, Tomberg et Beaulieu. Aujourd’hui, le réseau compte quatre lignes et une quarantaine de kilomètres. Il aura fallu quatre-vingt-quatre ans pour passer de l’idée au premier ticket.
Comment le Berlaymont a fait pivoter tout le réseau

Voici le twist que personne ne raconte jamais. Le projet initial privilégiait un axe nord-sud. Puis, à partir de 1963, on construit le Berlaymont pour accueillir les Communautés européennes — et les priorités basculent d’un coup vers l’axe est-ouest. Conséquence directe : le premier métro bruxellois dessert d’abord Auderghem, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre. Molenbeek et Anderlecht, eux, attendront. L’inverse exact de ce qui se passe dans la plupart des grandes villes, où le métro part des quartiers populaires. Sous vos pieds, la géographie bruxelloise raconte donc surtout une histoire de diplomatie européenne.
La Dame blanche, un cadenas scié et une chanson de Toots
Restent les détails qui font sourire. Les ouvriers avaient surnommé « la Dame blanche » le chantier creusé sous l’usine Côte d’Or : ils y gelaient littéralement pendant que des effluves de chocolat flottaient dans le tunnel. En 1974, un cadenas oublié sur la toute première rame MX101 a obligé les techniciens à le scier sur place, faute de clé. Et pour l’inauguration de 1976, Toots Thielemans avait composé un morceau baptisé sobrement Metro. Le musicien a d’ailleurs donné son nom à la station Anneessens en 2019. Envie de creuser ? Le livre 50 ans du Métro de Bruxelles, de Christian Dochy et Thierry Duquenne, se déniche pour 35 € le week-end au RétroShop du Musée du Tram, avenue de Tervueren. Et notez le 20 septembre : pour l’anniversaire, la STIB ouvre exceptionnellement le dépôt Jacques Brel au public, le jour même du Dimanche sans voiture.