Avec sa rotonde et son campanile étoilé qui domine le rond-point, le Palais de la Folle Chanson est un pur joyau de l’Art déco bruxellois. Construit en béton armé, paré de granito, presque centenaire et signé par un ancien élève de Victor Horta, il a tout pour fasciner les passants.
Un nom poétique, une architecture raffinée
Impossible de le rater : à Ixelles, au Rond-Point de l’Étoile, sept avenues convergent, et au numéro 2 trône un élégant mastodonte. Ce bâtiment d’angle attire l’œil autant par son architecture imposante que par son nom… poétique à souhait. La Folle Chanson, ça sonne comme une ritournelle surréaliste, non ? En réalité, rien de mystérieux : l’immeuble a tout simplement hérité du nom de l’avenue qui longe sa façade. Mais l’appellation renvoie aussi à une sculpture du Belge Jef Lambeau. Dès le début, on perçoit l’esprit un peu surréaliste.
Palais de la Folle Chanson : construit par Antoine Courtens, élève d’Horta
Érigé entre 1928 et 1931 par Antoine Courtens, ancien élève de Victor Horta, le bâtiment porte la trace de cet héritage prestigieux. On retrouve chez lui le goût des volumes fluides, de la lumière qui circule, du détail raffiné… mais avec une autre énergie. Ici, fini les arabesques florales de l’Art nouveau : place à la modernité géométrique et dynamique de l’Art déco.

Un coup d’œil à la façade suffit à vous en mettre plein les yeux. Elle se compose d’une entrée massive en pierre bleue, de huit étages ponctués de travées, d’oriels et de balcons trapézoïdaux, ainsi que de lignes verticales marquées. Et puis au sommet, comme une cerise sur un gâteau, on peut admirer sa fameuse coupole coiffée d’un magnifique campanile étoilé. L’étoile n’est pas qu’un détail déco : elle symbolise aussi les sept avenues du rond-point. Un brillant clin d’œil au contexte urbain !
Aussi raffiné à l’extérieur qu’en son intérieur
Le charme continue à l’intérieur. Le hall d’entrée est digne d’un décor de cinéma. Le sol se compose de marbres polychromes. On peut admirer des piliers lumineux en cuivre et verre dépoli. On retrouve aussi un escalier monumental en fer forgé, qui flotte sous une verrière. Et pour compléter la scène : les ascenseurs Schindler d’époque, véritables bijoux mécaniques.

Les appartements spacieux incarnaient l’esprit bourgeois : grands salons, salles à manger, boudoirs, dressings. Tout en élégance. Sous la coupole, on trouvait même un fumoir et une salle de lecture réservés aux copropriétaires. On imagine facilement l’ambiance particulière de cet endroit privilégié des années folles. Mais la crise de 1929 vient tout chambouler.
Palais de la Folle Chanson : un joyau Art déco habité et classé
Depuis 1988, le Palais de la Folle Chanson est classé au patrimoine de la Région bruxelloise (protection complétée en 2001). Il est encore habité aujourd’hui, mais il ouvre parfois ses portes au public. C’est notamment le cas lors du BANAD Festival, grand rendez-vous des amateurs d’Art nouveau et d’Art déco. Bref, un lieu qui allie poésie, histoire et architecture, et qui rappelle qu’à Bruxelles, lever les yeux réserve souvent de belles surprises.