C’était l’un des secrets les mieux gardés de Bruxelles, un témoin fastueux de style Art Nouveau de la Belle Époque qui pourrait prochainement disparaître. Le Royal Rinking, une ancienne patinoire à roulettes inaugurée en 1910 au cœur d’Ixelles, est aujourd’hui menacé de destruction ravivant un débat déjà très important dans la capitale.
Malgré sa façade rénovée avec des éléments Art Déco et sa charpente métallique, ce joyau architectural et patrimonial semble devenir le nouveau symbole de la “Bruxellisation 2.0”. Une tendance omniprésente et inquiétante qui vise à sacrifier l’histoire et l’héritage de la ville. Entre splendeur passée et menace imminente, découvrez l’histoire d’un monument iconique de la ville en sursis.
Le Royal Rinking : quand Ixelles abritait le temple du patinage mondial
Inauguré en 1910, période où Bruxelles vibrait au rythme de la Belle Époque, le Royal Rinking devint rapidement le rendez-vous incontournable de la ville. À cette époque, le patinage à roulettes connaît un essor planétaire et Ixelles s’offre alors l’une des plus vastes patinoires d’Europe. Mais la magie du lieu réside aussi dans son incroyable métamorphose. Après les fastes du patinage, le bâtiment devient un haut lieu de la vie sportive locale, une concession automobile avant de se transformer en supermarché Delhaize emblématique en 1983.

Cet édifice Art Nouveau et sa façade remaniée en 1934 avec des éléments Art Déco, cache ainsi une véritable âme architecturale, propre à la ville. Le Royal Rinking a prouvé pendant plus d’un siècle qu’il était le pilier de la vie ixelloise. Le gardien d’un héritage glorieux qui rend aujourd’hui la question de sa destruction inconcevable pour les défenseurs du site et subit logiquement une forte opposition des habitants.
La “Bruxellisation 2.0” : le Royal Rinking, énième victime d’un urbanisme aveugle
Malheureusement, le projet de démolition du Royal Rinking ne constitue pas un cas isolé, mais s’inscrit dans la lignée de “Bruxellisation 2.0”. Un terme fort qui désigne la transformation parfois chaotique de la ville. Alors que le bâtiment prouve sa résilience depuis plus d’un siècle, le projet actuel mené par le promoteur Besix Red ignore plusieurs points essentiels : le statut protégé de l’édifice, classé par la Commission Royale des monuments et des sites; mais également l’incohérence écologique de ce programme.

Le Royal Rinking rejoint ainsi une liste de sites en péril ou disparus qui indignent les Bruxellois. On pense notamment à l’Hôtel des Postes, détruit en 1966, ou encore le Palais des Sports de Schaerbeek. Des disparitions historiques qui résonnent une fois de plus dans le dossier du Royal Rinking. Plus qu’une simple question d’esthétique ou d’architecture, c’est l’âme d’un quartier et la gestion d’un héritage commun qui sont en jeu.